Archéologie biblique et égyptologie:

proposition d'une nouvelle chronologie


Référence : notes de lecture de "A test of Time" de David Rohl, disponible en anglais sur amazon.com


Le livre de David Rohl propose un changement de la chronologie des pharaons égyptiens sur la base de recherches personnelles permettant de rendre cohérente la chronologie biblique et les vestiges archéologiques du Moyen-Orient.

La notion de temps est pour nous un système absolu et inamovible. Nous mesurons le temps à partir du point fixe de la naissance de Jésus-Christ de telle sorte que nous sommes aujourd'hui en l'année 2004 après sa naissance.
Les anciens cependant ne pouvaient pas prévoir la naissance de Christ. En fait, ils utilisaient un système de datation basé sur le régne de chaque roi de telle sorte que les événements sont datés en fonction de l'année du règne d'un roi particulier.

Au cours des deux derniers siècles, un grand nombre de vestiges archéologiques ont pu être découverts au Moyen-Orient qui corroborent des événements décrits dans l'Ancien Testament: vestiges moabites, canaanéens, perses, assyriens et babyloniens. Ce n'est pas surprenants car ces états limitrophes avaient entre eux des interactions considérables. Cependant, de la période de la Monarchie unifiée sous les règnes de Saul, David et Salomon, seules l'archéologie et la chronologie égyptiennes permettent de corroborer les textes bibliques et apparemment, il y a très peu de preuves archéologiques de l'existence de Saul, David, Salomon, les Juges, Moïse, Josué et les Patriarches. Cela conduit certains éminents experts comme le professeur Thomas L. Thompson de l'université de Copenhague à écrire en 1992:
"Si l'on réfléchit à la facilité avec laquelle on peut mettre en question l'historicité de David, Salomon, mais aussi d'événements pendant les règnes d'Ezéchias ou de Josias,... le contenu même du projet de bâtir une histoire de la Palestine entre la fin du second et le début du premier millénaire avant Jésus-Christ sur la base d'une intégration directe de sources bibliques et extra bibliques paraît peu crédible, voire complètement déraisonnable."

Cela était vrai jusqu'à des travaux récents de David M. Rohl décrits dans son livre "Un test du temps: la Bible, du mythe à l'histoire" (A test of time: the Bible, from Myth to History). Ce papier est un résumé de ce livre.

Pour dire les choses très simplement, le problème est d'établir une corrélation entre les âges archéologiques, la chronologie égyptienne des pharaons, la chronologie biblique de l'histoire ancienne israélite avec la chronologie absolue christologique.

La chronologie biblique est basée sur la Bible et sur le travail d'Edwin Thiele qui fait l'objet d'un consensus.
La chronologie égyptienne est basée en partie sur les découvertes faites au cours de fouilles sur les sites de l'Egypte Ancienne. Ces découvertes incluent des tablettes et des statues avec des inscriptions, des fragments de poterie, des objets funéraires et des hyérogliphes. D'une grande valeur aussi est l'ensemble des travaux des premiers historiens qui ont eu accès à des documents ou des informations qui sont perdus aujourd'hui. Comme les vestiges archéologiques de l'Egypte ancienne sont beaucoup plus nombreux que ceux de toute autre civilisation contemporaine, la chronologie de l'Egypte est utilisée comme la base sur laquelle les chronologies des autres civilisations sont bâties.

Pour intégrer les connaissances acquises pour chaque civilisation dans une échelle de temps commune, il faut avoir des dates communes qui puissent être utilisées pour relier des événements connus dans 2 ou plus de civilisations. Des exemples sont les batailles ou des alliances par mariage entre rois.
Il y a trois liens croisés fondamentaux qui ont été établis par les égyptologues du 19ème siècle pour synchroniser l'histoire égyptienne et l'histoire israélite. Le premier lien est le pillage de Thèbes en 664 AC par le roi assyrien Ashurbanipal en punition de la révolte du pharaon Taharka de la 25ème dynastie des rois en Egypte. Des sources assyriennes, babyloniennes et egyptiennes confirment cette date de façon très précise. Le deuxième lien correspond à l'identification du pharaon Shishak (qui est mentionné en 1 Rois 14,25-26 et 2 Chroniques 12,2-9) avec le pharaon Shoshenk I de la 22ème dynastie. La troisième lien correspond à l'identification de Ramsés II au pharaon de l'oppression des israélites en Egypte.

Les dates absolues pour Shishak I/Shoshenk I ont été calculées à partir de la chronologie biblique, c'est-à-dire en comptant en arrière les années de règne de Roboam, fils et successeur de Salomon. A partir de cette date, les dates de Ramsés II ont été calculées en comptant en arrière les durées des règnes des pharaons entre Shoshenk I et Ramsés.

Un sérieux problème est apparu quand les archéologues ont cherché des vestiges datant des époques estimées à partir de ces dates, de la fin de l'Age de Bronze jusqu'à l'age du fer IIC. Il y avait très peu de vestiges ou aucune preuve pour accréditer le récit biblique de l'Exode jusqu'à la division des deux royaumes d'Israel et de Juda. Cela signifie que pendant de nombreuses années, la Genèse, l'Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, les Juges et une grande partie des livres des Rois et des Chroniques ont été relégués au rang de mythe plutôt que de faits historiques. Il n'y avait pas de preuve archéologique des événements majeurs de l'histoire d'Israël décrits dans la Bible. Pas ou très peu de traces des millions d'israélites vivant en Egypte, de l'Exode ou de la conquête de Canaan dans le niveau archéologique correspondant à la fin de l'Age de Bronze. Le niveau du début de l'Age de Fer où Saül, David et Salomon étaient supposés avoir régné avec splendeur ne révélait que les vestiges d'une période relativement pauvre avec certainement aucune des grandes réalisations de Salomon décrites dans la Bible. Quae s'était-il passé ? De nouveaux éléments aujourd'hui dévoilés montrent que les premiers égyptologues, dans leur volonté de retrouver des vestiges qui confirmaient le récit biblique, ont fait des hypothèses fausses.

Ramsés
La première de ces erreurs est d'avoir identifié Ramsés au pharaon de l'oppression sur la base du texte d'Exode 1,8-11 qui parle d 'un nouveau pharaon obligeant les hébreux à construire les villes de Pithon et Ramses. Ramsés II fut un grand constructeur et a fait construire une ville appelée Ramses au pays de Goshen (appelée Pi-Ramsés ou ville de Ramsés).
Cependant, si l'on identifie le pharaon de l'oppression à Ramsés et Shishak à Shishenk du récit du livre des Rois, les chronologies basées sur la Bible et sur la durée des régnes des pharaons diffèrent de 200 ans. Il faut alors réduire de 200 ans la durée de la période des Juges.

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