Le pardon

Lucette Keuchkerian

Exode 20, 3-17

Les 10 Commandements nous conduisent à une juste relation

avec Dieu pour les 4 premiers

avec les autres pour les 6 autres

Les ayant transgressés, nous nous retrouvons en conflit

soit avec Dieu

soit avec les autres

Or , « tous ont pêché et sont privés de la gloire de Dieu ». Donc, nous aurons constamment besoin de pardonner et d’être pardonné. C’est le conseil que Jésus nous donne pour prier : « pardonne-nous comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

I- Le pardon vis-à-vis de Dieu

Esaïe 43,25 Je ne me souviendrai plus de tes pêchés.

Jérémie 31,34 Car je pardonnerai leur faute, je ne me souviendrai plus de leurs pêchés.

Psaumes 130, 4 Mais le pardon se trouve auprès de toi.

Michée 7,19 Tu jetteras au fond de la mer tous leurs pêchés.

Dans l’Ancien Testament, la notion de pardon, même de pardon total, n’était attachée qu’à Dieu seul.

La notion de pardon était attachée à la repentance , démontrée par un signe extérieur.

L’offense pouvait être pardonnée, mais pour démontrer qu’il y avait repentance, un sacrifice d’expiation était fait :

pour le pêché d’un homme, un agneau sans défaut était immolé (gros ou petit bétail).

Jean 1,29 : voici l’agneau de Dieu qui ôte le pêché du monde.

les pêchés du peuple étaient expiés une fois l’an, le jour du Grand Pardon, le Yom Kippour.

Lévitique 16, 8-10 : Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’Eternel et un sort pour Azazel. Aaron offrira le bouc sur lequel est tombé le sort pour l’Eternel et en fera un sacrifice pour le pêché. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Eternel, pour servir à l’expiation et pour être chassé dans le désert pour Azazel.

Lévitique 16, 20-22 : Il achèvera de faire l’expiation pour le sanctuaire, pour la tente de la Rencontre et pour l’autel ; puis il fera approcher le bouc vivant. Aaron posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant et confessera sur lui toutes les fautes des israélites et tous leurs crimes avec tous leurs pêchés ; il les mettra sur la tête, puis il le chassera dans le désert, par l’intermédiaire d’un homme disponible. Le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes dans une terre désolée ; on chassera le bouc dans le désert.

Nous devons confesser nos pêchés sur Jésus.

Le mot Hazazel est dérivé du mot hébreu Hazal, qui signifie éloigner, avec la terminaison El, qui signifie complètement. El, c’est aussi le nom de Dieu. Le bouc devait être conduit au désert par un homme disponible.

Les versets 21 et 22 montrent que le bouc emporte toutes les fautes dans une terre désolée.

Matthieu 4,1 :Alors Jésus fut emmené par l’Esprit Saint dans le désert pour être tenté par le Diable.

Jésus est chargé par la tentation d’emporter sur lui le pêché de tous les hommes. Il est conduit au désert par l’Esprit de Dieu lui-même, seul disponible pour conduire le Fils de Dieu.

Dieu dans l’Ancienne Alliance avait pourvu au pardon des pêchés par les sacrifices. Nous comprenons mieux toute la dimension du sacrifice de Jésus, le joug de la culpabilité brisé et le triomphe sur l’ennemi.

Jésus est « l’agneau de Dieu qui ôte le pêché du monde ».

La Bible dit « Il est mort et c’est pour nos pêchés qu’Il est mort ».

Hébreux 9,22 : sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon.

Hébreux 10, 18 : là où il y a pardon des pêchés, il n’y a plus d’offense.

Ainsi, pour le pardon de nos pêchés, nous pouvons nous décharger sur Jésus par la repentance et la foi.

La notion de pardon nous conduit tout naturellement à la notion de réconciliation.

2 Corinthiens 5 ,19 :Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même.

Jésus réconcilie le monde avec Dieu. Nous pouvons rapprocher le pardon et la réconciliation par l’histoire du fils prodigue, où repentance, pardon, réconciliation et relèvement s’enchaînent.

Luc 15, 11-32

Dans l’Ancien Testament, il y avait une loi très dure pour les fils indociles, rebelles ou débauchés.

Deutéronome 21,18-21

La mort par lapidation était réservée au fils débauché. Dieu va détourner la loi de la mort au profit de la loi de la vie. Tout le message de Jésus est révolutionnaire pour l’époque. Il va révéler l’amour du Dieu « Père » pour son enfant, inconnu dans l’Ancien Testament. La Loi nous condamne, et si on vit sous la loi, on condamne. On comprend mieux ce texte « mon fils était mort et il est revenu à la vie ». En effet, Ephésiens 2 ,1 dit « nous sommes morts dans nos offenses ».

C’est ainsi que nous comprenons l’amour de Dieu et son pardon dans l’Evangile.

Qu’a fait le fils ? Il a osé retourner, et il a reconnu son pêché. C’est tout. Drame des familles contemporaines : « ne m’en parlez plus, il est mort ».

Le pardon apporte la guérison
Ou la guérison liée au pardon. C’est vrai que le pardon apporte parfois la guérison et en tous cas toujours une libération. Le corps peut être assujetti au non-pardon.

Marc 2, 1-12

« Tes pêchés sont pardonnés ». Cette affirmation de Jésus était révolutionnaire. Qui peut pardonner les pêchés ? Tout passait par les sacrifices et les sacrificateurs.

« Afin que vous sachiez que le fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les pêchés, lève toi, prends ton lit et marche. »

Le texte est très important car dans Lévitique 21, 16-23, il nous est dit qu’aucun homme boiteux ayant un défaut corporel ou une cheville fêlée ne pouvait s’approcher du voile et David ira plus loin dans 2 Samuel 5,8 en disant : « aucun boiteux n’entrera dans la maison ».

Dans les Actes, un boiteux se tenait à la porte du temple.

Ainsi, non seulement cet homme était malade, dépendant des autres mais aussi méprisé et rejeté jusque dans la vie religieuse.

Ainsi, Jésus en lui pardonnant ses pêchés , non seulement va le guérir mais lui redonner sa dignité jusque dans sa vie religieuse et une libre entrée dans le sanctuaire, dans la maison de Dieu. Il va rétablire cet homme dans toute sa dimension « corps, âme, esprit ».

Cet homme en roulant son lit a roulé sa honte. Le pêché nous maintient paralysé dans la honte et la culpabilité.

Josué 5,9 : il a roulé la honte de mon pêché

Esaïe 54,4 : tu oublieras la honte de ta jeunesse

Proverbes 14,34 : le pêché est l’ignominie des peuples

Jérémie 3,25 :nous avons notre honte pour couche et notre confusion pour couverture

Si la honte nous paralyse dans notre marche avec Dieu, recevons le pardon de nos pêchés et remettons-nous à marcher pour Lui. Symbolique du voile que Dieu a déchiré à la crucifixion. Ce sont nos pêchés qui mettent un voile entre Dieu et nous. Si nous comprenons le pardon de Dieu pour nous de cette manière, nous pourrons entrer plus facilement dans Matthieu 6,12 : »Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Lévitique 5 décrit les sacrifices de culpabilité. Jésus ôte le pêché, ce que la loi ne pouvait pas accomplir.

2 Le pardon en rapport avec l’homme

Dans l’Ancien Testament, Dieu ne demande pas à l’homme de pardonner à l’autre, à celui qui offense.

Il y a , attaché à l’offense, une notion de vengeance, restitution, compensation.

Jacob qui retourne vers son frère lui propose de tout lui rendre. Pour le rendre propice. Certains appellent cela la loi du marchandage.

Exode 21,24 : tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, …

L’apôtre Paul dira dans Ephésiens 4,32, « pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonné ». C’est tout autre. Dans le notre Père, Jésus nous dira de prier ainsi : »Père, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » en Matthieu 6,12.

« Et lorsque vous êtes debout, faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez. »

Il y a un changement radical avec la venue de Jésus. Plus question de vengeance ou de compensation. Il y a le pardon et plus encore. Cela est insensé pour un juif.

Matthieu 5,40 : « Si l’on te frappe sur une joue, présente l’autre, si l’on te prend ton manteau, donne aussi ta tunique. »

Jésus lie notre pardon au sien :

« Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, Dieu ne vous pardonnera pas non plus. »

Si j’ai de la haine, de la rancune, de la colère contre quelqu’un, il semble que je ne peux pas m’approcher aussi librement de Dieu pour prier.

Le pardon et l’oubli
On confond souvent le pardon avec l’oubli. Nulle part dans la Bible, Dieu me demande ou plutôt m’ordonne d’oublier. Dieu le peut mais pas nous. Mais en pardonnant d’une manière volontaire, Dieu peut agir en nous et guérir notre souffrance profonde.

Nous disons de quelqu’un qui nous fait du mal : « il m’a blessé » et Dieu veut guérir cette blessure qui reste dans nos émotions et notre mémoire.

Luc 4,18 : « il est venu pour guérir ceux dont le cœur était brisé ».

Esaïe 53, 4 : « ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ».

Il ne faut pas culpabiliser si les souvenirs nous reviennent. Si nous avons devant Dieu pardonné à ceux qui nous ont fait du mal, croyons que cela est fait une fois pour toutes. Nous mélangeons souvent le fait de souffrir encore avec le non-pardon. En même temps que nous pardonnons, demandons à Dieu de guérir les blessures engendrées et les souvenirs, de nous libérer des mauvais sentiments et des esprits de colère, de haine, d ‘amertume, de jalousie. S’il y a apaisement des souffrances, les sentiments qu’elles avaient engendrés disparaissent.

Du pardon coule la guérison. Le problème vient de ce que nous confondons pardon et oubli : « je pardonne mais je n’oublie pas ». En réalité, nous essayons d’oublier sans pardonner, sans avoir reçu la guérison.

Psaume 32 : souffrances qui détruisent par des sentiments ravageurs.

Ben Sira, écrivain en 180 AC, disait : « si un homme nourrit de la colère contre un autre, comment peut-il demander à Dieu de le guérir ? »

Comment cela peut-il se faire ?
En pardonnant et déchargeant à la croix, puis en recevant le Saint-Esprit consolateur, l’esprit de vérité qui rend libre. Ainsi, le cœur étant guéri, le souvenir ne produit plus la souffrance , et nous nous retrouvons libres des sentiments mauvais.

Matthieu 5,43 – Proverbes 3,8 – 1 Pierre 2,11

L’ennemi de notre âme est vaincu.

Qui peut pardonner ?
L’offensé. Nous ne pouvons pas pardonner à la place d’un autre, mais encourager à demander pardon à Dieu et aux autres. Jean 20,23 dit « ceux à qui vous pardonnerez les offenses, il leur sera pardonné ».

Jacques Duquesne, historien, disait de l’affaire Paul Touvier où, pour justifier la protection de Touvier, on a invoqué le devoir chrétien de pardon : « c’est le type même de mauvais argument. Je dois savoir pardonner à ceux qui m’ont fait du mal, mais c’est aux juifs de pardonner à leurs bourreaux. »

Pardonner, ce n’est pas justifier ou excuser l’autre
L’autre a réellement tort. « Ce n’est pas grave, on n’en parle plus ».

« Prier : pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent ».

Romains 8,33 dit que c’est Dieu qui justifie. N’essayons pas de comprendre ou de justifier l’autre avant de pardonner. Mais acceptons de pardonner sans chercher à l’autre des circonstances atténuantes. Nous avons pour pardonner le secours promis par Jésus lui-même.

Jean 20,22 : « recevez le Saint-Esprit : ceux à qui vous pardonnerez leurs pêchés, ils leur seront pardonnés. »

Nous avons aussi le pouvoir de délier les situations. « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. »

Peut-on pardonner à l’autre même s’il ne demande pas pardon ?
Oui, évidemment. Il semble que ce soit plus facile si l’autre demande pardon, mais l’épître aux Philippiens nous exhorte à avoir en nous les sentiments qui étaient en Jésus. Et Jésus cloué sur la croix au moment où il aurait eu toutes les raisons de demander sur ses bourreaux le jugement de Dieu, dit : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »