Il y a trente ans, le 29 novembre 1974, la loi Veil dépénalisait l’interruption volontaire de grossesse. L’Assemblée Nationale adoptait ce texte pour 5 ans, à la suite de débats houleux, dans un contexte d’avortements illégaux qui entraînaient la mort de 300 000 fœtus par an et celle de 5000 femmes. Cette loi suivait de peu la libéralisation de la contraception et le remboursement de la pilule par la Sécurité Sociale adopté par l’Assemblée Nationale en juin de la même année.

La loi promulguée en janvier 1975 établissait des limites précises à l’IVG légale ; mais ce cadre s’est révélé trop restrictif par rapport à la demande d’interventions. Actuellement, la loi a été reconduite à titre définitif. L’IVG a été remboursée par la Sécurité Sociale. Est apparue la « pilule du lendemain » qui ne nécessite pas même de prescription médicale. L’autorisation parentale n’est plus obligatoire pour les jeunes femmes mineures (et la majorité est passée entre temps de 21 à 18 ans) ; elles sont seules soumises à un entretien psychologique qui n’est plus de mise pour les femmes majeures. Le délai légal de l’interruption de grossesse est allongé de 10 à 12 semaines. L’IVG médicamenteuse est possible au cabinet du médecin pour les grossesses inférieures à 5 semaines et remboursée de puis peu. Il semble que la libéralisation de l’IVG crée des conditions particulièrement favorables à sa réalisation.

Pourtant il est fait état de difficultés : bien des médecins restent réticents à pratiquer l’IVG parfois de façon très claire, usant de leur clause de conscience, parfois de façon moins franche en laissant traîner les choses. Même les jeunes internes en formation, qui sont maintenant plus jeunes que la loi Veil, n’acceptent pas facilement cet apprentissage là. Par ailleurs les femmes gardent un sentiment de honte et de culpabilité qui retarde souvent leur prise de décision. A Clermont Ferrand (3171 IVG en 2002, soit10,7 pour 1000 femmes de 15 à 45 ans), en 2003, sur 100 femmes majeures, le Planning Familial en a accueilli 15 qui avaient dépassé le délai de 12 semaines et qui sont parties avorter à l’étranger. Comment expliquer ces retards, ces réticences dans un contexte de facilité apparente ? Pourquoi un tel sentiment de culpabilité alors que tout est mis en place pour qu’il s’efface ? Est-ce que, malgré tout, le sentiment de s’attaquer à la source de la vie ne serait pas un frein majeur en dépit de ce qu’autorisent les lois ? Est-ce que l’incertitude de ce que sera l’avenir de la femme, du couple, de l’enfant à naître et la possibilité de l’envisager plus heureux que le moment présent ne pèse pas aussi sur la décision de la femme et sur celle du médecin ? Est-ce que le chiffre effrayant de 220 000’ avortements (1 pour 3 naissances), à l’heure de la contraception facile, ne finit pas par pousser à l’écoeurement le médecin le mieux intentionné ?

J’en suis à croire que les oppositions qu’a soulevées la loi Veil, non pas celles méprisant la femme et qui sont encore de mise sur d’autres plans mais celles respectant la vie depuis sa conception, sont bien enracinées dans une conscience profonde, « naturelle », inscrite par Dieu dans l’esprit même de l’homme. Que nous sommes chacun plus ou moins obscurément conscient d’avoir été cet être aujourd’hui indésirable. Que l’avortement reste dans un recoin inaccessible de notre mentalité un attentat à la vie que nous réprouvons dans notre for intérieur. Que la vie ne nous appartient pas, non plus que la mort.

C’est aussi ce que déclare la Bible que nous affirmons être la Parole de Dieu quand elle proclame que c’est Dieu qui fait mourir et qui fait vivre (Deut 32/36) ou qu’elle édicte les lois sur les responsables d’avortement accidentel (Ex 21/22). Le Psaume 139 qui proclame la connaissance profonde que Dieu a de sa créature nous remplit de respect pour l’enfant à naître, « tissé » par Dieu lui-même, connu de Dieu même à l’état de masse informe et objet de projets inscrits dans le livre de Dieu pour chaque jour de sa vie. On est loin de la chanson qu’Anne Sylvestre chantait à l’époque de la loi Veil : « non, non, tu n’as pas de nom ; non, tu n’as pas d’existence, tu n’es que ce qu’on en pense… ».L’amas cellulaire sans nom est à la lumière de la Bible une créature si merveilleuse, vue du Dieu Eternel dans son présent et son avenir jusqu’à la voie de l’éternité. Cette vision ne nous est accessible que par la foi et cette même foi nous ouvre les plus grandes espérances pour l’enfant à naître et pour chacune de nos vies. Elle nous décolle d’un présent inquiétant qui ne peut pas préjuger de ce que sera la situation dans 9 mois et encore moins dans 20 ans. L’avortement signe un rejet de tout espoir, de toute confiance en l’avenir, de toute foi en Dieu qui seul connaît les temps et les moments et qui peut aussi changer les circonstances. Il est bien normal qu’un désespoir si total ne soit pas ancré dans le cœur d’une jeune femme qui vient de connaître l’amour si imparfait soit-il ni dans celui d’un médecin dont toute l’activité est motivée par sa confiance dans la vie.

La situation actuelle, 30 ans après la dépénalisation de l’avortement, me prouve s’il était besoin, que c’est Dieu qui a raison. Nos calculs au ras du sol aboutissent à des solutions douloureuses. Ces attentats à la vie ne résolvent que des problèmes de droit et laissent intactes les blessures profondes des femmes qui subissent la pression des courants de pensées. Ne pourrait-on pas imaginer une campagne publicitaire exaltant la joie de la maternité, la beauté de la naissance, l’émerveillement qu’est l’éveil à la vie du tout petit, l’attendrissement de toute la société devant l’enfant ? Au lieu de magnifier l’image de la femme qui vit avec son temps, libérée des tabous et libre de se dénaturer en sacrifiant ce qu’il y a de plus précieux ?

Notre société ne pourrait-elle, au nom de la solidarité, honorer la femme enceinte et assurer le soutien de la femme « en détresse » sans lui infliger une détresse supplémentaire ? Qui laissera son nom à une loi sur le salaire maternel ? Qui proposera une solution positive plutôt qu’une évacuation du problème de la grossesse inopinée ? Peut-on continuer à croire devant les résultats de la loi Veil, qu’il est possible de« faire le mal pour qu’il en résulte du bien » comme le dit l’apôtre Paul dans son raisonnement par l’absurde de l’épître aux Romains ?

Pour moi, je continuerai à croire que Dieu est vrai et tout homme menteur et se ment à lui-même en premier lieu ( Rom 3/4 à 8) et que notre connaissance du bien et du mal reste faussée par notre courte vue humaine. Je continuerai à croire ce que dit la Parole du Dieu immuable, invariable et qui nous aime.

Charlette LE FLOCH
médecin généraliste
mère de 6 enfants

Mais Dieu est Amour et pardonne celui qui s'approche de Lui !

Mais la compassion de Dieu est immense, son amour pour nous est tel que, lorsque nous étions spirituellement morts à cause de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ.
C'est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés.

(Ephésiens chapitre 2 versets 4 et 5.)

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